Novembre 1999 – Paris

Je reçois en consultation une jeune femme prénommée Annie. À la fin de la séance, plutôt satisfaite, elle me tend une photo d’un homme et me demande simplement : « Pouvez-vous me dire quelque chose sur lui ? ». Aussitôt, j’entends le prénom de Serge dans mon esprit. Annie sursaute légèrement, les yeux écarquillés. C’était en effet le prénom de son père. Un sourire s’étire sur son visage, soulagé, presque apaisé. La séance semble l’avoir rassurée. Mais alors qu’elle s’apprête à partir, elle se ravise et me confie : « Gabriela, je suis très heureuse de vous avoir rencontrée. Mais je dois vous avouer que je suis venue aujourd’hui pour une raison très précise et vous ne l’avez pas vue.

Intriguée, je l’écoute attentivement. Sa voix devient plus grave, plus tendue. « Hier, mon médecin m’a annoncé que je devais m’attendre à finir dans un fauteuil roulant dans les trois années à venir. » Je reste silencieuse, frappée par la brutalité de cette déclaration. Elle poursuit : « C’est agréable, n’est-ce pas, comme perspective ? « Avec un discours pareil, on est sûr de guérir », dit-elle dans un demi-sourire triste. Annie m’explique qu’elle a déjà vu plusieurs guérisseurs, essayé diverses approches, sans succès. Et qu’au fond, j’étais son dernier espoir.

Depuis l’enfance, Annie souffrait de problèmes de santé, plus précisément aux genoux. La douleur était constante. Elle ne se déplaçait jamais sans ses béquilles et passait le reste du temps alité. Ce jour-là, pourtant, en venant me consulter, elle avait délibérément laissé ses béquilles dans le coffre de la voiture. « Je ne voulais pas que vous soyez influencée », m’avoua-t-elle plus tard. Durant notre entretien, rien ne m’avait alertée. Je ne captais rien de particulier concernant ses jambes. Ce n’est qu’après que tout a changé. Je me suis tournée vers elle, presque instinctivement, et lui ai posé cette question qui venait d’ailleurs : « Annie, choisissez-vous de marcher ou d’être condamnée à vivre dans une chaise roulante ? Voulez-vous guérir, oui ou non ? »

À peine avais-je prononcé ces mots que je sentis mes mains se diriger, comme guidées, vers ses genoux. Je les posai doucement dessus, sans réfléchir. Ce qui est étrange, c’est que je ne prêtais même pas attention à ce que je faisais. Nous étions en train de parler de recettes de cuisine, tout en regardant par la fenêtre la neige tomber. C’est vous dire ma concentration à ce moment-là !

Ce soin n’a duré que cinq minutes à peine. Rien de spectaculaire, pas de sensation particulière de mon côté. Mais alors que nous reprenions notre conversation, Annie m’interrompt soudainement. Gabriela que m’avez-vous fait ? Pourquoi ? lui demandai-je, un peu surprise. Mes jambes sont gelées comme si elles étaient faites de glace. Et surtout, je ne ressens plus aucune douleur ! Depuis des années, je souffre, et là, plus rien.

Sous le choc, elle appela immédiatement ses parents pour leur raconter ce qui venait de se passer. Annie repartit de chez moi, remplie d’espoir, mais avec une seule question en tête : est-ce que cette guérison allait durer ?

Le lendemain, elle me téléphone pour me donner des nouvelles. Sa voix était rayonnante, tout allait bien. Elle marchait normalement. Mais ce n’est pas tout. Elle souffrait également depuis longtemps d’un problème à l’estomac, une hernie hiatale. Elle m’annonce qu’elle ne ressent plus aucune douleur non plus à ce niveau-là. Elle se sentait libérée.

Annie et moi sommes devenues amies. Un an après cette guérison, alors que nous échangions des souvenirs de cette journée particulière, je lui posais une question simple, mais essentielle : « Quand je t’ai demandé si tu voulais marcher ou vivre en chaise roulante, qu’as-tu pensé exactement à ce moment-là ? Car je suis convaincue que c’est toi qui t’es guérie.

Elle me sourit et me répondit doucement : « Tu ne t’en souviens pas ? Avant de poser tes mains sur mes genoux, tu avais pris un morceau de papier. Tu as dessiné deux chemins. L’un menait à la marche, l’autre à la chaise roulante. Tu m’as demandé lequel je choisissais. En moi, sans te le montrer, j’ai répondu avec force et certitude : « Je marcherai ». C’est à cet instant, par cette décision intérieure ferme, qu’Annie s’est auto-guérie. Ce jour-là, j’ai compris une vérité essentielle : même si une aide extérieure nous accompagne, c’est en fin de compte nous-mêmes qui sommes les véritables acteurs de notre guérison.

Je me souviens encore d’un épisode remontant à mes quinze ans. Mon oncle souffrait d’une jambe ulcérée, une plaie ouverte, douloureuse, qui ne cicatrisait pas. Sans réfléchir, j’ai simplement posé mes mains sur sa jambe, instinctivement, presque naturellement. Et là, sous nos yeux, la cicatrisation a été immédiate. Lui, pris de panique, s’est éloigné, effrayé par ce qu’il venait de vivre. J’étais étrangement calme. Comme si je savais que cela était possible, que cela faisait partie de quelque chose de plus grand.


Gabriela d’Asti