1970 – Région parisienne
Très jeune et jusqu’à mes 11 ans, je me rendais régulièrement chez ma tante maternelle et lorsque je franchissais le seuil de la maison, je ressentais des présences invisibles. Je vivais des expériences que personne autour de moi ne semblait percevoir. Mon esprit d’enfant était encore trop jeune pour comprendre, et pourtant, au fond de moi, je savais que ces phénomènes n’étaient pas le fruit de mon imagination. Et malgré l’étrangeté de ces moments, je m’y sentais curieusement bien, comme enveloppée d’une forme de familiarité.
Je devais avoir quatre ou cinq ans. Ma sœur, mes parents et moi étions chez ma tante. Un moment, ma sœur décida d’aller aux toilettes, mais ne la voyant pas revenir, je partis à sa recherche. En arrivant devant la porte des WC, je constatai qu’elle n’y était pas. En face, la porte de la salle de bain était fermée à clé, et de l’intérieur s’élevaient des bruits incroyables. C’était ma sœur. Elle jetait par la fenêtre tout ce qui se trouvait dans la salle de bain : serviettes, savon, produit de beauté… Rien n’y échappait. Elle semblait hypnotisée, totalement incontrôlable, animée par une force subtile qui la poussait à agir ainsi.
Après environ un quart d’heure, la porte s’ouvrit et elle reprit soudain ses esprits, comme si rien ne s’était passé. À cet âge-là, cet épisode m’était totalement incompréhensible. Bien des années plus tard, mon oncle me raconta une histoire qui me permit de commencer à comprendre l’attitude de ma sœur. J’ai alors compris que la maison était hantée. On saisit alors à quel point les énergies, parfois maléfiques, d’un lieu peuvent influencer ceux qui y vivent.
Pourtant, malgré tout, cette maison dégageait une atmosphère particulière que j’adorais. Je passais régulièrement du temps dans une toute petite pièce où se trouvaient des jeux d’enfants. Là, j’écoutais de la musique sur un tourne-disque et je m’y sentais bien. C’était mon refuge.
Lorsque mon oncle et ma tante achetèrent cette maison, peu de temps après leur mariage, un livre se trouvait sur le lit de leur chambre. Mon oncle avait deux enfants issus d’un premier mariage, sa précédente épouse étant décédée d’un cancer. Les enfants faisaient des études pour devenir enseignants. À qui pouvait donc appartenir ce livre, sinon à eux ? Pourtant, interrogés, aucun ne reconnut l’avoir possédé. L’ouvrage portait sur l’Egypte. Intrigué, mon oncle se rendit chez un marchand de journaux pour obtenir des informations. Quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre que l’auteur était inconnu et que, par conséquent, le livre n’avait jamais été publié. Ce n’est que plusieurs années plus tard que cet ouvrage fit enfin son apparition en librairie.
Mystère.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là…
Quelques années plus tard, ma tante tomba gravement malade. Le service hospitalier aménagea une pièce entière de la maison afin d’y installer un dispositif de dialyse rénale à domicile. Une atmosphère médicale s’immisça alors dans cet espace autrefois ordinaire, le transformant en une chambre à la fois clinique et intime, où la vie et la souffrance cohabitaient en silence.
Mon oncle, profondément dévoué, suivit plusieurs formations médicales pour pouvoir s’occuper d’elle. Attirée par le monde médical, j’observais en silence, avec fascination, les soins qu’il lui prodiguait. Sans en avoir pleinement conscience, je me familiarisais peu à peu avec la fragilité du corps, la présence de la maladie, et plus tard, avec celle de la mort.
C’est à l’âge de onze ans, en 1976, que ma tante s’en alla rejoindre le ciel. J’étais encore trop jeune pour assister aux obsèques, tenue à l’écart d’un adieu que je ne comprenais pas totalement. Je me souviens m’être interrogée, avec mes mots d’enfant : pourquoi met-on les gens sous la terre ? Pour moi, elle n’était pas là. Je ressentais sa présence ailleurs, non pas dans un cercueil, mais dans un espace invisible. Mes yeux ne voyaient pas, mais mon cœur, lui, pressentait.
Peu de temps après le décès de ma tante, mon oncle décida de vendre la maison. Il ne supportait plus les souvenirs qui hantaient chaque pièce. La douleur était encore vive, mais au-delà de cela, quelque chose d’invisible semblait s’être enraciné entre ces murs.
En effet, les nouveaux propriétaires furent eux aussi confrontés à des phénomènes paranormaux et à la maladie. L’acquéreur parlait alors de maison maudite et était convaincu qu’une présence surnaturelle pesait sur les lieux. Troublés par cette expérience, les occupants décidèrent de vendre à leur tour, à peine un an après leur installation.
