1999 – Dordogne
Un ami, propriétaire d’un gîte, devait partir en congé pour une semaine et n’avait personne pour accueillir les clients qui avaient réservé une semaine. Je lui proposai alors de le remplacer pendant son absence, afin d’assurer l’accueil et le bon déroulement de leur séjour. Il accepta mon aide.
Un ami devait m’accompagner pour quelques jours, puis je resterais seule pour assurer la fin du séjour. Dès notre arrivée sur place, une évidence s’imposa à nous : le lieu semblait habité par des êtres maléfiques. Dans la chambre où nous dormions séparément, nous avons vu des formes fantomatiques rôder dans la pièce ; l’énergie y était lourde, oppressante, presque palpable.
Deux jours passèrent, puis mon ami repartit chez lui comme prévu. Jusqu’au samedi, rien de véritablement extraordinaire ne se produisit, bien que je ressentisse en permanence la présence de ces esprits. Il me restait à finaliser la location. Tout le monde était parti, et je me retrouvais seule sur place, dans l’attente du retour du propriétaire prévu pour le lendemain.
Dans l’après-midi de ce samedi, une sensation profondément désagréable envahit tout mon corps. Une angoisse intense me submergea, si forte qu’elle dura plus d’une heure. Dans ma tête, une voix insistante ne cessait de me souffler : « Pars… pars… fuis… va-t’en… ne reste pas là. » Que faire ? Je devais pourtant rester jusqu’au lendemain pour la remise des clés. Mais minute après minute, l’angoisse gagnait en intensité, jusqu’au moment où j’entendis à nouveau cette petite voix, plus claire encore : « Pars de là, tu es en danger. » Habituée à écouter mes intuitions, je ne réfléchis plus. Je me précipitai pour faire ma valise en un temps record. En deux, quatre, huit mouvements, tout fut prêt. Je déposai les clés sous un petit rocher, près de la porte d’entrée, puis je filai vers ma voiture, direction Paris.
Dès l’instant où je quittai le lieu, l’angoisse disparut complètement. Pendant le trajet, j’envoyai un message à mon ami pour l’informer de mon départ précipité, prétextant que je devais rentrer chez moi, sans lui donner davantage d’explications. Je lui précisai simplement que les chèques laissés par les clients se trouvaient sur son bureau et que la clé se trouvait à l’endroit où nous l’avions décidé avant son départ. Aucune réponse. Était-il en colère ?
Quelques jours passèrent sans que je n’aie la moindre nouvelle de lui. J’avoue ne pas avoir apprécié son silence, d’autant plus que je m’étais occupée des locations, que j’avais rangé son salon qui était un véritable foutoir, et pris soin de bien des choses. Mais, malgré tout, je décidai de passer à autre chose.
Une semaine plus tard, alors que je me trouvais en Normandie, dans ma voiture avec une amie, je reçus enfin un appel de sa part. À peine avais-je eu le temps de lui dire bonjour qu’il se mit à m’insulter, me traitant de tous les noms. Puis il lâcha cette phrase, glaçante : « Tu viens de l’ombre, tu n’es pas ce que tu dis être, je dois me protéger de toi. » Quoi ? Quelle était donc cette histoire absurde ? Que s’était-il passé ? Voilà ce qu’il m’expliqua. « Quand je suis arrivé tu as mis la maison était sens dessus dessous. Des bières vides traînaient un peu partout, les armoires avaient été vidées, et il y avait même des préservatifs usagés au sol, dans plusieurs pièces. Je vous passe les détails. Je lui réponds d’un ton sec « Réfléchis. Si c’était moi qui avais mis un tel bazar, j’aurais au moins pris la peine de tout ranger avant de partir. Je ne suis pas complètement abrutie. Et au lieu de partir une semaine, tu aurais mieux fait de suivre un stage sur le discernement plutôt que de m’accuser à tort sans savoir. » À peine avais-je terminé ma phrase qu’il me raccrocha au nez. Je tentai de le rappeler, mais il ne décrocha pas. Je n’acceptais pas ce qu’il venait de me dire. J’avais besoin d’une explication.
Trois jours plus tard, il m’appela d’une voix hésitante. Il s’excusa pour tout ce qu’il avait pensé de moi. Il m’expliqua qu’il avait prié toute la semaine afin de comprendre qui j’étais réellement, et qu’il avait fini par réaliser qu’il s’était trompé à mon sujet. Je n’étais pas responsable de ce qui s’était produit. Alors tout prenait sens.
L’angoisse que j’avais ressentie n’était pas sans raison : elle annonçait la présence de visiteurs malveillants. Auraient-ils eu l’intention de me faire du mal ? De m’agresser ? La porte n’ayant pas été fracturée et la clé étant restée au même endroit sous le rocher, une question se posait : m’avait-on observée dans la journée ? Qui sait…
