Fin décembre 1998, une envie soudaine me prend de partir en Normandie rejoindre un ami que je nommerai F. N’ayant pas un bon pressentiment, je me suis dit que cet appel précipité n’était pas anodin.

Ce jeune homme, que je surnommais « l’homme des bois » parce qu’il passait son temps à chasser et à pêcher, ne répondait jamais au téléphone, mais par chance, il décrocha de suite. Comme quoi, lorsque nous devons vivre une expérience, nous ne contrôlons pas toujours la situation, vous comprendrez pourquoi plus loin dans la lecture. Il accepta ma visite et dès le lendemain, je me rendis chez lui.

Rien de particulier à mon arrivée à part de faire la connaissance de sa petite amie Stéphanie, qui avait le même âge que lui, 22 ans. J’avais entendu parler d’elle lorsque F était venu me voir en consultation quelques mois avant. À l’époque, ils étaient en rupture et je lui suggérai de ne pas retourner avec elle, trop jalouse et possessive et de faire attention, car cette relation pouvait tourner au drame, conseil qu’il n’a pas suivi.

Dans le passé, je séjournais chez lui, mais ne vivant plus seul, je dormais chez sa grand-mère à deux pas de là.

Quand je regardais Stéphanie, je la sentais fragile et perdue. Un soir, à table, elle se trouvait devant moi et je voyais autour d’elle son aura d’un gris foncé, ce n’était pas bon signe, me suis-je dis. Je tentai une conversation, mais difficile de lui arracher un mot de la bouche. Distante et repliée sur elle-même, il m’était difficile de communiquer avec elle. Le couple n’allait pas fort et cela présageait une rupture imminente. Elle ne supportait pas la présence d’autres femmes approchant F alors qu’elle n’avait rien à craindre avec moi. Toujours collée à ses baskets et lui très indépendant, cela n’arrangeait pas leur relation. Sa jalousie maladive me déconcertait.

Lui et moi étions très liés et dans le passé, nous échangions sur les choses de la vie, sur les expériences extraterrestres que j’ai vécues,se référer au thème « O.V.N.I  », mais avec la présence de Stéphanie, il nous était impossible de nous trouver un moment pour bavarder.

Le lendemain midi, nous étions tous à table, la grand-mère, la mère de F que je nommerai A. Le repas se passait relativement bien, de même que Stéphanie me parlait un peu, elle qui n’avait prononcé que quelques mots la veille.

Cet après-midi-là, A et moi partions faire quelques courses pour le repas du soir et sur le chemin du retour, nous apercevons Stéphanie comme errante, vêtue de blanc, longeant le bord de la route, noyée dans le brouillard. On aurait dit un fantôme. D’où venait-elle avec un temps pareil. Je poussai un cri, car je venais d’avoir un flash des plus perturbants. Nous la dépassons et je demande à A de stopper la voiture dans un petit chemin non loin de là. Perturbée et voyant mon comportement affolé, elle me demanda ce qu’il m’arrivait. Je lui explique que je venais d’avoir une vision, celle de voir Stéphanie à la morgue. Elle me supplia d’arrêter de dire des conneries et pourtant, au même moment, A avait vu un long tunnel de lumière près d’elle sans en comprendre la signification. Je lui expliquai que c’était le tunnel de la mort. Ceux qui ont vécu une E.M.I « expérience de mort imminente », savent de quoi je parle. Cela confirmait ma vision.

Ressentant sa souffrance et son désarroi et en respectant son choix, je décide de lui envoyer un message en télépathie. « Stéphanie, si tu dois vivre, je t’aiderai, ou si tu veux mettre fin à tes jours, je t’aiderai aussi ». En me concentrant encore un peu plus, je captais qu’elle avait compris mon message, son choix était entre ses mains. Cela peut vous choquer, mais personne ne peut contrecarrer un destin et lorsque l’on choisit de mettre fin à ses jours, un évènement, une circonstance extérieure viendront nous stopper. Ce qui arriva plus tard dans la nuit.

Nous reprenons la route, chamboulées et sans dire un mot. Trente minutes plus tard, Stéphanie nous rejoignait chez la grand-mère avec toujours cette sensation de mal-être qui ne me quittait pas. J’ai de nouveau tenté une conversation pour l’aider, mais en vain. Repartie chez elle en fin d’après-midi, nous les attendions pour le souper. Surprise de voir F arriver seul, je lui demandai où était Stéphanie. Il me répond : On s’est engueulé, j’en ai marre de ses crises de jalousie débiles, alors je lui ai dit de ne pas venir, me répondit-il.

Nous passons à table et à 21h précise, je vois une entité s’approchant de F et j’ai pu canaliser le message suivant « Dis-lui qu’il est protégé et qu’il peut nous demander de l’aide ». Vous pensez bien que je ne lui ai pas délivré ce message de suite, je craignais le pire.

Vers 22 h, il me proposa d’aller pêcher. Moi ? Partir au bord de la mer, la nuit à -3 degrés, frileuse comme je suis, NON. Lui était habitué au froid de l’hiver, moi pas. Pourtant, une petite voix me souffla : « Vas-y ». J’acceptai sa proposition. À peine dans la voiture, prêts à partir, sa mère lui demanda d’aller chercher un document chez lui et après quelques secondes de réflexion, il refusa catégoriquement. J’aurais dû geler sur place, mais au lieu de ça, je sentais une chaleur inexplicable entourant mon corps avec un sentiment de paix intérieure. Je ne comprenais pas avec une température aussi basse. Je l’ai compris après, nous devions rester éloignés de Stéphanie.

La pêche ne donnait rien, retour chez la grand-mère. Arrivés devant la maison, nous étions surpris de voir le séjour éclairé. F m’accompagna jusqu’à l’intérieur pour voir si tout allait bien. Sa mère, qui n’était pas censée être là, me criait dessus d’un ton sec : « Tu n’as pas pris ton portable, il a sonné toute la soirée, écoute tes messages ». Ce n’était pas dans mes habitudes de l’oublier, mais de nouveau, le contact avec la famille devait être coupé. Je sors dans la cour pour écouter ma boite vocale et j’entends d’une voix tremblante A, pleurant et en hurlant : « Gab, Gab, Stéphanie s’est pendue, elle est morte, au secours… » Puis bip, message interrompu. J’ai tout de suite fait le rapprochement du message reçu d’un ange ou d’un guide à 21 h.

Comment annoncer à F que sa copine s’était donné la mort. En rentrant dans la maison et en regardant A, je comprenais qu’elle était incapable de lui dire et que c’était à moi de le faire. À ce moment-là, le chat de Stéphanie, qui ne devait pas se trouver là, tournait autour de F. Que fait-il chez mamie, demanda-t-il ? C’était l’occasion pour moi de l’informer. Intuitif, il me fixa dans les yeux et comprit. Lui et moi n’avions pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Il est sorti en pleurant si fort, tapant contre les murs que j’ai dû aller le calmer et pas sans mal, je peux vous le dire. Je n’avais pas l’habitude de le voir ainsi, lui plutôt réservé, cachant toujours ses émotions. Le pauvre, quelle épreuve pour lui.

Ce qu’il s’est passé cette nuit-là. Je n’écrirais pas volontairement certains détails pour le respect de chacun. Comme je l’ai écrit plus haut, lorsqu’une personne se suicide, un fait peut intervenir. Voilà pourquoi, cette chaleur qui m’entourait, ne nous obligeait pas à rentrer trop tôt. Ni lui, ni moi ne devions découvrir la scène du suicide. Rappelez-vous, F refusa d’aller chercher un document chez lui, c’est donc sa mère qui y est allée à sa place. Stéphanie ne répondant pas à ses appels, elle se dirigea vers le hangar entre-ouvert éclairé par la lune et découvrit le corps de Stéphanie inerte et suspendue à une corde. Imaginez le choc, l’horreur. Les pompiers et le médecin sont intervenus très rapidement. Ce dernier estimait l’heure du décès : 21 h. Heure à laquelle je recevais un message de l’au-delà.

Arrive le jour de l’enterrement, ni lui ni moi ne sommes allés aux obsèques, trop dur pour lui. Il s’était réfugié dans la nature, se sentant coupable. Personne n’était responsable de la mort d’autrui. Quant à moi, je restais chez la grand-mère. Le soir même, dans ma chambre, j’aperçois au-dessus de l’armoire, la tête de Stéphanie qui me regardait en me demandant ce qui lui était arrivé, qu’elle se sentait perdue. Je lui expliquai son geste, qu’elle n’avait pas à avoir peur, qu’elle devait suivre son chemin et aller dans la lumière. Un instant plus tard, elle avait disparu. Très souvent, lorsqu’une personne décède d’une mort violente, elle ne sait pas qu’elle est morte. C’est le rôle de son guide de l’informer en la guidant vers sa nouvelle voie.

Le lendemain, à 23 h, F nous rend visite et sur le trottoir devant la porte d’entrée se trouvait un gros bouquet de roses blanches. Il n’y avait aucun mot, aucun papier d’emballage. Qui avait déposé ce bouquet ? Stéphanie ? Venait-elle nous dire qu’elle avait trouvé la paix ? Possible. La grand-mère prit peur et jeta ces magnifiques roses dans la cheminée. Dommage. F et moi, étions convaincus que c’était une manifestation de Stéphanie. Personne, à ce jour, n’est venu dire qui avait déposé ces fleurs.

Le jour de Noël arriva, l’ambiance n’y était pas.

Quelques jours plus tard, je reprenais la route pour Paris.

Conseil : Pour celles et ceux qui se sentent coupables du suicide d’un proche, comprenez que ce choix leur appartient et ils vous demandent de respecter et de comprendre leur geste. Merci.


 Gabriela d’Asti