Décembre 1998 – Normandie

Une envie soudaine me pousse à partir en Normandie rejoindre un ami âgé de 20 ans que je nommerai F. Un mauvais pressentiment m’accompagnait, et je sentais que cet appel précipité n’était pas anodin.

Il passait son temps à chasser et à pêcher et ne répondait presque jamais au téléphone, mais cette fois-là, par chance, il décrocha immédiatement. Il accepta ma visite, et dès le lendemain, je me rendis chez lui. Rien de particulier à signaler à mon arrivée, si ce n’est la rencontre avec sa petite amie, Stéphanie, du même âge que lui. J’avais déjà entendu parler d’elle, car quelques mois plus tôt, ils étaient en rupture et je lui déconseillais de reprendre cette relation : trop de jalousie, trop de possessivité. Je l’avais mis en garde, parce que ce lien pouvait, selon moi, finir par un drame. Ce qui malheureusement a fini par arriver. Les jours suivants, ils reprirent leur relation.

Quand j’observais Stéphanie, je la sentais fragile, perdue. Un soir, à table, elle était assise en face de moi. Je distinguais nettement autour d’elle une aura gris foncé, ce qui pour moi était un très mauvais présage. Je tentais d’engager la conversation, mais c’était peine perdue. Elle restait distante, refermée sur elle-même, et il était très difficile d’établir un échange. Le couple battait de l’aile, et je pressentais une rupture imminente. Toujours collée à ses baskets, tandis que lui était très indépendant, leur dynamique ne faisait qu’aggraver la situation. Sa jalousie maladive me laissait perplexe.

Par le passé, F et moi partagions de nombreuses conversations sur le monde du paranormal, mais avec la présence constante de Stéphanie, il nous était impossible de nous retrouver seuls pour échanger. Le lendemain midi, nous étions cinq à table et nous partagions le repas avec A, la mère de F, et sa grand-mère. Le repas se passait relativement bien. Stéphanie me parlait un peu, elle, qui la veille n’avait prononcé que quelques mots.

Dans l’après-midi, A et moi étions parties faire quelques courses pour le repas du soir. Sur le chemin du retour, un brouillard dense avait envahi la campagne. En approchant d’un virage, nous aperçûmes Stéphanie longeant le bord de la route. Elle était vêtue de blanc, marchant d’un pas lent, comme absente, flottante presque ; on aurait dit un fantôme glissant dans la brume. D’où venait-elle, dans un tel état et par un temps pareil ? Un cri m’échappa. Un flash violent venait de me traverser l’esprit : je venais de voir Stéphanie à la morgue. Allait-elle se suicider ? Une image brutale m’avait figée. Troublée, je demandai à A. de s’arrêter dans un petit chemin, non loin de là. Elle me regarda, inquiète, déstabilisée par mon agitation soudaine.  Que se passe-t-il ?, me demanda-t-elle. Je lui expliquai ce que je venais de voir. Elle me supplia d’arrêter mes « bêtises », visiblement choquée. Et pourtant, quelques secondes plus tard, elle-même vit un long tunnel de lumière apparaître furtivement près de Stéphanie, sans en comprendre le sens. Je lui réponds : c’est le couloir de la mort. Ressentant profondément la souffrance et le désarroi de Stéphanie, tout en respectant son choix, je pris la décision de lui envoyer un message en télépathie. « Stéphanie, si tu dois vivre, je t’aiderai. » Si tu veux mettre fin à tes jours, je t’aiderai aussi. » Ces mots peuvent heurter certains, je le conçois. Mais il faut comprendre que personne ne peut contrecarrer un destin. Lorsqu’une âme choisit de partir et si ce n’est pas encore son heure, la vie placera un événement sur sa route pour l’en détourner. Malheureusement, ce n’est pas ce qui s’est produit. Nous avons repris la route, silencieuses, bouleversées, l’atmosphère lourde de tout ce que nous venions de percevoir.

Environ trente minutes plus tard, Stéphanie nous rejoignait chez la grand-mère, mais son mal-être restait palpable, presque oppressant. J’ai tenté une nouvelle fois d’entrer en contact avec elle, de l’aider à parler, mais ce fut en vain. Elle repartit chez elle en fin d’après-midi.

Dans la soirée, nous attendions F. et Stéphanie pour le souper, mais il arriva seul. Où est Stéphanie ?, lui demandai-je. On s’est engueulés encore. J’en ai marre de ses crises de jalousie. Je lui ai dit de ne pas venir ce soir, me répondit-il, agacé. Nous passons à table. À 21 h précise, je vois clairement une entité s’approcher de F. L’énergie était forte et enveloppante. Je canalise instantanément un message : « Dis-lui qu’il est protégé et qu’il peut nous demander de l’aide. » Je suis restée silencieuse, craignant qu’un événement grave soit sur le point de se produire.

Plus tard dans la soirée, F. me proposa d’aller pêcher. Moi ? Aller au bord de la mer, en pleine nuit, avec -3°C au thermomètre ? Frileuse comme je suis, c’était hors de question. Mais soudain, une petite voix intérieure me souffla : « Vas-y. » Contre toute attente, j’acceptai. À peine installés dans la voiture, A. lui demande d’aller chercher un document chez lui. Après un instant de réflexion, il refuse, trop pressé de partir pêcher.

Sur le chemin, F me demanda quelle serait l’évolution de leur relation. Je fis un rapide calcul en numérologie : il était en année personnelle 9, mois 9, jour 9. Le chiffre 9 symbolise la fin d’un cycle. Puis en voyance, je confirmais qu’une rupture serait irréversible.

Arrivée à la plage, je m’installe sur le bord, observant F. pêcher. J’aurais dû être transie de froid, pourtant une douce chaleur m’enveloppait, accompagnée d’une paix intérieure profonde et apaisante. Je ne comprenais pas avec une telle température. Je compris plus tard que si j’avais eu trop froid, j’aurais demandé à rentrer, mais nous devions rester loin de la maison.

Il est 3 h du matin et la pêche ne donna rien. F. me raccompagna chez sa grand-mère, là où je dormais. En arrivant, nous sommes surpris : le séjour était allumé. F m’accompagne jusqu’à l’intérieur pour s’assurer que tout allait bien. À peine entrée, sa mère m’accueille d’un ton sec : « Tu n’as pas pris ton portable ! » « Il a sonné toute la soirée, écoute tes messages. » Ce n’était pas dans mes habitudes d’oublier mon téléphone. Là encore, comme si tout avait été orchestré pour couper le contact avec le reste de la famille. Comme si on m’avait tenue à l’écart volontairement. Je sors dans la cour pour écouter mes messages vocaux. Et là, j’entends la voix d’une femme en larmes, tremblante, hurlant : « Gab, Gab, Stéphanie s’est pendue, elle est morte. » Puis, message interrompu. Je reste figée. À cette même période, la sœur d’une amie était en prison et portait également le prénom Stéphanie. J’étais tellement perturbée que je me demandais de quelle Stéphanie il s’agissait vraiment. Ensuite me revint en mémoire le message reçu à 21 h : « Dis-lui qu’il est protégé et qu’il peut nous demander de l’aide. » Je venais de réaliser que c’était la copine de F.

Comment annoncer à F que sa compagne s’était donné la mort ? Alors que je rentrais dans la maison, mon regard croisa celui de A. Le chat de Stéphanie, qui n’aurait jamais dû être là, tournait autour de F. « Que fait-il ici ? » me demanda-t-il. Je le regardais et d’un simple regard, il avait compris. Brusquement, il sortit dans la cour en hurlant, frappant les murs de ses poings. Moi, derrière lui, tentant de le calmer, sans y parvenir immédiatement. Voilà pourquoi F. avait refusé d’aller chercher ce document chez lui, et pourquoi je ressentais cette chaleur étrange et réconfortante en plein mois de décembre, malgré un froid glacial. Ni lui, ni moi ne devions découvrir le corps de Stéphanie. Ce fardeau aurait été bien trop lourd à porter pour lui, déjà écrasé par le poids de la culpabilité et de la douleur. Le destin, ou peut-être une force invisible, a su préserver son cœur de cette vision insupportable, nous épargnant ce dernier choc. Le médecin estima l’heure du décès : 21 h. L’heure exacte à laquelle j’avais reçu le message.

Le jour de l’enterrement arriva. Ni lui ni moi n’y sommes allés. Trop dur pour lui. F s’était réfugié dans la nature, là où il avait toujours trouvé un semblant de paix. Il se sentait coupable. Comme si c’était sa faute. Mais personne n’est responsable de la mort d’un autre.

Ce soir-là, dans la chambre, quelque chose d’inattendu se produisit. Au-dessus de l’armoire, la tête de Stéphanie apparut. Son regard me fixait, perdu, déboussolé. « Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » me demandait-elle. Elle semblait ne pas comprendre, comme égarée entre deux mondes. Avec douceur, je lui parlai : « Tu as mis fin à tes jours, Stéphanie, tu n’as rien à craindre, tu dois maintenant avancer, aller vers la lumière, tu n’es pas seule. » Un instant plus tard, elle disparaissait.

Souvent, lorsqu’une personne décède de manière brutale ou violente, son esprit reste un moment dans l’incompréhension, ne réalisant pas encore qu’elle a quitté son corps physique. Cette confusion peut la laisser perdue, errante entre deux mondes, avec beaucoup d’angoisse et de peur. C’est le rôle d’un guide spirituel de l’accompagner, de lui révéler la vérité de sa situation, et de la guider lentement vers la lumière, vers la paix et vers une nouvelle étape de son existence.


 Gabriela d’Asti