Aout 1977 – Prémanon
Un après-midi d’août, en colonie de vacances, nous participions à un petit concours de barque sur la rivière. Le défi était simple : chacun devait traverser seul, et le premier arrivé de l’autre côté remportait la victoire.
Me voilà dans une barque, seule, tentant de ramer tant bien que mal. J’avais beau forcer, tirer, pousser : la barque restait désespérément immobile. Un de mes camarades, lui, avançait sans difficulté. En me dépassant, il me lança un regard narquois, accompagné d’un sourire moqueur. Je lus clairement sur ses lèvres : « Je serai le premier. »
À vrai dire, cela m’importait peu, que le meilleur gagne. C’est à ce moment précis, alors que mes yeux étaient rivés sur lui, que ma barque commença à bouger toute seule. Je ne ramais plus, je ne faisais rien. Et pourtant, elle avançait doucement, puis de plus en plus vite. Aucun souffle de vent. Aucun courant visible. Je traversai la rivière en un rien de temps et j’arrivai la première. Je n’en revenais pas. J’étais gagnante sans avoir ramé une seule fois. Mais qu’est-ce qui venait de se passer ?
En descendant du bateau, pensant que j’avais pied, je sautai joyeusement pour me retrouver complètement immergée ! Une vraie scène de comédie. Mes camarades éclatèrent de rire, et moi la première. On a bien ri ce jour-là.

