1980 – Paris

Je courais dans le jardin quand une douleur aiguë au bas-ventre, au niveau des ovaires, stoppa net mon élan. Je ne pouvais plus bouger, ou à peine. Mon pédiatre, qui était aussi directeur d’une clinique, étant en vacances à ce moment-là, mes parents décidèrent de consulter un médecin nouvellement installé dans notre ville. Ce dernier m’orienta vers une autre clinique.

Durant trois jours, les soignants ne firent guère plus que de m’appliquer des glaçons sur le ventre. La douleur persistait, insupportable.

Le quatrième jour, celui de l’opération, une aide-soignante m’apporta mon petit-déjeuner. Je lui dis que je ne pouvais pas manger, car l’intervention était prévue dans deux heures. Elle me répondit que je n’étais pas inscrite sur le tableau opératoire, donc que je pouvais prendre mon repas. Étonnée, mais j’ai mangé.

Une demi-heure plus tard, un infirmier vient m’administrer un tranquillisant, qu’il injecte dans ma fesse. Puis, trente minutes plus tard, une infirmière arrive pour me faire une seconde injection. Je lui explique que j’ai déjà reçu un tranquillisant, mais elle insiste :

— Non, non, vous ne l’avez pas eu.

Je crois rêver, elle ne me croit pas.

Elle me pique donc une seconde fois. J’avais reçu deux doses de tranquillisant à une heure d’intervalle.

Une heure plus tard, une autre infirmière vient me chercher pour m’emmener au bloc. Étrangement, aucun brancard n’est prévu. Je suis obligée de marcher, vaseuse, comme droguée par l’excès de sédation.

Dans l’ascenseur, l’infirmière me dit :

— Tu dois avoir faim, n’ayant pas mangé ce matin.

Je lui réponds simplement :

— Mais j’ai mangé.

À ce moment-là, elle me gifle violemment au visage. J’étais abasourdie, à moitié endormie. Mon premier réflexe aurait été de lui rendre la claque. Il ne s’en est fallu de peu.

Il était hors de question de la suivre. Je la bouscule tant bien que mal, et je presse le bouton de l’ascenseur pour remonter dans ma chambre, titubant à moitié, encore sous l’effet des tranquillisants. J’appelle ma mère qui aussitôt prévient mon père sur son lieu de travail. Il lui faudra plus de trente minutes pour arriver à la clinique.

Entre-temps, j’enfile mon manteau et rejoins difficilement le hall d’accueil où je retrouve ma mère. Ensemble, nous attendons mon père pour qu’il m’emmène à la clinique, celle en qui nous avions confiance.

Étant mineure, une décharge était nécessaire, mais le médecin refuse catégoriquement de me laisser partir. La tension monte entre eux deux et une discussion tourne à la confrontation. Ils se battent. Je croyais rêver.

Après plus de trente minutes d’engueulade, mon père me prend fermement par le bras, me fait monter dans la voiture, et nous partons à la clinique de mon pédiatre.

Le lendemain, un chirurgien pratique une cœlioscopie pour comprendre l’origine de ces douleurs intenses. Le diagnostic tombe : après ma première opération de l’appendicite, cinq ans auparavant, une partie de mon appendice était restée. Cette partie s’est enflammée à nouveau, provoquant des symptômes similaires à ceux d’une appendicite, ce qui est un cas rare. Cela s’appelle une duplication appendiculaire.

Quelques années plus tard, j’ai appris que cette clinique avait fait l’objet de nombreuses plaintes, sans parler de la disparition inexpliquée de certains nourrissons.

Avec le recul, je me demande ce qu’il aurait pu m’arriver si j’avais été opérée dans cette clinique. Intérieurement, je ne le sentais pas. Mon instinct me hurlait de fuir. J’ai bien fait d’appeler mes parents. Grâce à leur réaction rapide, ils m’ont littéralement tirée de ce cauchemar.

 


Gabriela d’Asti