1986 – Cannes

Je logeais un temps chez une amie qui était croupière au casino de Cannes. Comme chaque soir, elle quittait le domicile pour se rendre à son travail. Mais ce soir-là, quelque chose était différent. Une intuition soudaine, presque violente, m’a traversée : il faut que tu la suives. Ce n’était pas une pensée ordinaire. C’était une certitude intérieure, une force invisible qui me poussait à agir.

Sans réfléchir davantage, je saute dans ma voiture et commence à parcourir les rues de Cannes. Une voix intérieure insistait : elle n’est pas au casino, cherche-la. Je laisse mon instinct me guider, et celui-ci m’amène jusqu’à la plage. Mes pas ou peut-être mon instinct me conduisent vers la plage. Et là, je la vois : elle avance lentement vers l’eau, l’air absent, comme hypnotisée, comme attirée par la mer. J’ai couru sur le sable, l’ai rattrapée de justesse. Elle ne résistait pas, ne parlait pas, comme absente.

Je l’ai ramenée chez elle, doucement. Elle est allée se coucher, comme engourdie, à demi-consciente. Pourtant, je savais qu’elle ne consommait aucune drogue, aucun médicament et encore moins avec des envies suicidaires.

Le lendemain matin, elle ne se souvenait de rien. Tout semblait redevenu « normal ». Cependant, rien ne l’était vraiment.


Gabriela d’Asti