Octobre 1999 – Périgord

Je prends la route direction Belvès, en Dordogne, pour retrouver des amis. Il ne me reste plus que quelques minutes avant d’arriver à destination lorsque je tombe sur un panneau indiquant « Saint-Germain-de-Belvès ». Ce n’est pas un raccourci, mais peu importe : le chemin traverse la forêt, et j’aime me perdre dans les bois. J’emprunte donc cette route, solitaire et silencieuse, sans croiser la moindre voiture durant plusieurs kilomètres.

C’est alors qu’à ma droite, j’aperçois une biche immobile qui me fixe intensément. Je ralentis, pensant qu’elle allait traverser. Et là, un frisson : j’ai cru l’entendre me dire, clairement, presque calmement : « Je vais me suicider. »

Absurde, non ? Je me suis dit : Mais quelle idée ! Elle m’attend pour se suicider ? Allons bon, je divague.

Pourtant, alors que j’avance doucement, la biche se jette sous ma petite voiture, rebondit à l’arrière, se retrouve sur l’autre côté de la route, puis s’effondre sans un mouvement. Je n’ai rien eu le temps de faire. Je n’ai vu la scène que par mon rétroviseur.

Et là, panique. Je suis seule, au milieu des bois. Ne supportant pas l’idée d’un animal agonisant, incapable de savoir que faire, j’ai pris la fuite. Je me suis sentie lâche, mais que faire ? Était-elle morte ? Blessée ? J’avais peur de la voir souffrir.

Arrivée chez mes amis, encore bouleversée, j’en parle au mari de celle-ci. Il inspecte ma voiture : rien. Aucune trace, aucun impact, aucun dommage. Comme si rien ne s’était passé.

Des années plus tard, j’ai lu que certains animaux pouvaient effectivement se suicider. Était-ce le cas pour cette biche ?

biche dans la foret


Gabriela d’Asti